Les demeures sont : la littérature, la politique, la peinture, la guerre, les droits de l'homme...

"Je touche à tout parce que tout se tient" Claude Roy

mardi 30 novembre 2010

Léonard dans l'autre monde 3





Le monde de Léonard

 " Depuis cinq ans enfin, il hantait tous les milieux de l'antiguerre, de l'antibombe, de l'antifascisme, de l'anticolonialisme, signait une profusion de manifestes et cherchait passionnément son chemin parmi les anciennes et nouvelles gauches, les gauches de droite, les extrême-gauche" (p.58)
"Ils parlaient de ce voyage de deux cent cinquante kilomètres comme s'il se fût agi de dix mille. Et Léonard se sentait si loin de tout, dans la petite cuisine à l'air brûlant, qu'il lui semblait venir de l'autre bout du monde. " (p.82)
" Eux sous terre et lui dessus, ils demeuraient réciproquement des voyageurs d'un autre monde "(p.304)

samedi 27 novembre 2010

"Léonard dans l'autre monde" 2

Le salaire de la peur


Léonard enquête pour comprendre ce qui a provoqué la dépression de sa belle-sœur. 
Cette recherche n'est qu'un prétexte pour faire connaissance avec le monde des mines.
Hélène Parmelin n'effectue pas un reportage, c'est un roman avec des descriptions, des conversations. Durant les bavardages avec l'un et avec l'autre, sont évoqués le quotidien du mineur avec la silicose, les coups de grisou, les grèves, la peur et la mort omniprésente. Le vocabulaire  est précis : gayette, puteur, bowette, haveuse, foudroyage, porions et galipots parsèment le récit. Les femmes ne sont pas oubliées : elles vivent avec la peur de la mort, dans les corons sans aucune intimité (la description de la belle-sœur alitée avec la famille, les enfants, les voisins qui entrent et sortent de sa chambre comme dans un moulin est assez représentative). Hélène Parmelin démontre subtilement que si la condition des mineurs est difficile, celle de leur femme ne l'est pas moins. Ces dernières sont pourtant très souvent oubliées. 
"Tu sais, Léonard, une femme de mineurs est toujours seule du matin au soir, surtout quand les enfants sont grands. Avec tout le travail que j'ai, je m'ennuie. Je trouve encore le moyen de m'ennuyer. Ici quand t'es allé au cinéma une fois la semaine, même si les jeunes y vont deux fois, une le samedi et une le dimanche, qu'est-ce que tu peux faire ? Y a rien, c'est le désert.[...] Une fois marié, le mineur s'échine encore plus et la femme s'enterre encore plus [...] la vie c'est quand même plus varié que ça ... "(p. 96-97)
et aussi :
"J'ai toujours pardonné tout, moi, la brutalité, les coups, les grossièretés. Et j'ai tout gardé pour moi car mon amour-propre était en jeu..."
Il n'est pas anodin de remarquer que des prénoms de femmes sont données aux tailles par les mineurs. 


Le mineur aux yeux bleus  Edouard Pignon

vendredi 26 novembre 2010

Accointance

L'œuvre littéraire d'Hélène Parmelin et l'œuvre picturale d'Edouard Pignon (ne pas confondre avec Ernest Pignon-Ernest)  sont étroitement liées, imbriquées. Il me semble difficile d'aborder l'une sans mentionner l'autre.


Début de l'Interview d'Edouard Pignon par Jacques Chancel.

mardi 16 novembre 2010

"Léonard dans l'autre monde" 1

Ce récit a été édité en 1957. Il a lieu dans le Pas-de-Calais, la région des mines. Cet "autre monde" où a vécu Edouard Pignon, le mari d'Hélène Parmelin. Marnes-les-Mines devient sous la plume de l'auteure, Saint-Honoré-les-Mines. Léonard, libraire parisien, se retrouve dans les corons pour démêler les récits de sa belle-famille.



" Peut-être plus que quiconque, le mineur peut symboliser le travailleur manuel, non seulement parce que son travail est si affreux, mais aussi parce que son travail est si vital et nécessaire, et pourtant si éloigné de nos expériences, si invisible que nous sommes capables de l'oublier comme nous oublions le sang qui coule dans nos veines"
George Orwell, Down the Mines, 1937

samedi 6 novembre 2010

Bibliographie sur l'œuvre

Il n'existe qu'un seul livre sur l'œuvre d'Hélène Parmelin :
Maïr Verthuy, Fenêtre sur cour : voyage dans l'œuvre romanesque d'Hélène Parmelin, Montréal, Ed Trois, 1992


Maïr Verthuy est une chercheuse, une professeure d'université et une militante. Née au pays de Galles, elle étudie en France et travaille à une thèse sur "Roger Vailland, vu dans la perspective féministe". Elle décide de s'établir au Québec avec son mari et ses deux enfants en 1959. De 1965 à 2003, elle enseigne à l'Université Concordia, où elle cofonde en 1978 le premier programme d'études féministes au Canada, l'Institut Simone de Beauvoir. On y étudie la femme dans tous ses aspects : loi, sciences, religion et surtout littérature. Elle s'intéresse principalement aux écrivaines francophones, y compris aux femmes migrantes.  Elle a été membre de la délégation canadienne à la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, tenue à Beijing en 1995. Elle a également  été invitée par l'Unesco comme déléguée dans différents colloques du monde arabe. En 2001, elle a été nommée Chevalier de l'Ordre des Palmes académiques, la plus haute distinction décernée par le gouvernement français en reconnaissance du rayonnement de la culture, de la langue et de la littérature française dans l'enseignement. Madame Verthuy a présidé la Fondation Thérèse Casgrain ainsi que le Montreal Council of Women. Membre du Conseil des Montréalaises depuis 2006. Aujourd'hui à la retraite, Maïr Verthuy vit à Montréal.



Un autre article sur Maïr Verthuy, le 8 avril 2012 par Annette Blais : http://journalmetro.com/actualites/national/4498/mair-verthuy-elle-ne-savait-pas-que-cetait-impossible-alors-elle-la-fait/#

vendredi 5 novembre 2010

Citation

Les identités se définissent par des trajectoires. 
 Michel Foucault . 

Bibliographie


  • Introduction à la peinture moderne, studio Raber, 1945, (en collaboration avec Henri Wormser) sous le nom de Leopold Durand
  • La Montée au mur (Mur des Fédérés), Paris, Editeurs français réunis, 1950 (Prix Fénéon 1951)
  • Cinq semaines chez les hommes libres, Paris, Editions sociales, 1951 (reportage)
  • Estampes chinoises révolutionnaires, Paris, Cercle d'art, 1951
  • Matricule 2078 (L'affaire Henri Martin), Paris, Editeurs français réunis, 1953
  • Noir sur blanc, Paris, Julliard, 1954
  • Le Massacre des innocents. L'art et la guerre, Paris, Cercle d'art, 1954
  • Le Diplodocus, Paris, Julliard, 1955
  • Les Mystères de Moscou, Paris, Julliard, 1956
  • Cinq peintres et le théâtre, Décors et costumes de Léger, Coutaud, Gischia, Labisse, Pignon, Paris, Cercle d'art, 1956
  • Léonard dans l'autre monde, Paris, Julliard, 1957; Paris, 10/18, 1974
  • Le Taureau matador, roman-conte, Paris, Julliard, 1959
  • Picasso sur la place, Paris, Julliard, 1959
  • Le Complexe de Filacciano (essai sur la dépolitisation), Paris, Julliard, 1960
  • Le Soldat connu, Paris, Julliard, 1962
  • Dayez, Paris, galerie Villand et Galanis, 1962 (préface d'Hélène Parmelin)
  • Aujourd'hui, Paris, Julliard, 1963
  • Picasso, Les Dames de Mougins, Paris, Cercle d'art, 1964
  • Le Voyage à Lucerne (petit roman), Paris, Julliard, 1965
  • Picasso, Le peintre et son modèle, Paris, Cercle d'art, 1965
  • Picasso dit, Paris, Gonthier, 1966
  • Le Guerrier fourbu, Paris, Julliard, 1966
  • La Gadgeture, Paris, Julliard, 1967
  • Picasso, La flûte double, Au vent d'Arles, 1967
  • La Femme-crocodile, Paris, Julliard, 1968
  • L'Art et les anartistes, Paris, Bourgois, 1969
  • La Manière noire, Paris, Bourgois,1970
  • Picasso lithographe, Paris, Weber, 1970
  • Le Contre-pitre, théâtre, Bourgois, 1973
  • L'Art de la rose, essai, Paris, 10/18, 1972; 1983
  • Le Perroquet manchot, Paris, Stock, 1974
  • La Femme écarlate, Paris, Stock, 1975
  • Belperroque ou L'enterrement du perroquet, guignol en trois actes et un épilogue, Paris, Bourgois, 1977
  •  Le Monde indigo  (2 tomes : Cramponne et le soleil tombe dans la mer), Stock, 1978
  • Libérez les communistes, Paris, Stock, 1979 ; 2000
  • Voyage en Picasso, Paris, Robert Laffont, 1980 ; Paris, Bourgois, 1994
  • Une passion pour Sanary, Aix-en-Provence, Edisud, 1980
  • Le Diable et les jouets ou La ballade des temps rétifs, roman, Paris, Ramsay, 1982
  • La Mort au diable, Paris, Bourgois, 1982
  • La Désinvolture, auto-pamphlet, Paris, Bourgois, 1983
  • Les Peintres de Jean Vilar : Calder, Chastel, Gischia, Jacno, Lagrange, Manessier, Pignon, Prassinos et Singier, Fondation Jean Vilar, Avignon, 1984.
  • La Tortue surpeuplée, Paris, Bourgois, 1987
  • Histoire de Madame H. P. [sur un portrait d'Hélène Parmelin par Picasso], Paris, Editions Marval, 1996







Sur Pignon


  • Edouard Pignon, Paris, Galerie de France, 1960
  • Pignon, Les Nus rouges, Paris, Galerie de France-Weber, 1973
  • Histoire des Nus, Paris, Bourgois, 1976
  • Pignon, préface de Jack Lang, textes de Jean-Louis Ferrier, Georges Duby, Gabrielle Althen, Alain Roger, Jean-Luc Chalumeau, Jean Lescure et Hélène Parmelin, Galeries Nationales du Grand Palais, Centre National des Arts Plastiques et Editions Denoël, Paris, 1985
  • Edouard Pignon, touches en zigzag pour un portrait, suivi de La peinture est une et indivisible, propos enregistré de Pignon, Marval/Galerie Beaubourg, Paris, 1987 

lundi 1 novembre 2010

L'engagement

Après les révélations du rapport Krouchtev, elle est à l'initiative, en 1956, d'une pétition d'artistes, la Lettre des Dix réclamant la tenue d'un congrès extraordinaire du PCF pour débattre des problèmes posés par l'intervention soviétique en Hongrie. Hélène Parmelin, Georges Besson, Marcel Cornu, le docteur Harel, Francis Jourdain, Pablo Picasso, Edouard Pignon, Paul Tillard, Henri Wallon et René Zazzo déplorent que bien que "les semaines qui viennent de s'écouler aient posé aux communistes de brûlants problèmes de conscience, ni le comité central, ni l'Humanité n'ont aidé à les résoudre". La réponse publiée par l'Humanité n'est pas rassurante. Elle défend longuement la ligne officielle et conclut  : "les signataires... peuvent avoir une autre opinion !  Ils peuvent même s'obstiner en dépit des faits, mais ils n'ont pas le droit d'essayer d'imposer leur point de vue au Parti par des moyens illicites". À partir de ce moment là, elle mettra toute son énergie contre le stalinisme. 
Elle est signataire du "Manifeste des 121",  sous-titré "Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d'Algérie" pour soutenir de jeunes appelés qui  préférent l'exil à la guerre d'Algérie. Un groupe d'intellectuels prend l'initiative de rédiger un manifeste reconnaissant le droit à l'insoumission.  Publié à l'étranger (Tempo presente, Neue Rundschau), ce texte doit initialement paraître dans le n°4 du périodique Vérité-Liberté et les Temps modernes, mais la censure s'y oppose : Le Monde en signale toutefois l'existence dès le 6 septembre et donne la liste complète des signataires le 30 septembre.
Elle signera également avec d'autres personnalités littéraires comme Simone de Beauvoir, Françoise Sagan, Germaine Tillon, des articles en faveur de Djamila Boupacha, résistante du FLN, torturée et violée par des militaires.




Elle s'insurge contre l'invasion de la Tchécoslovaquie en 1968 par les troupes du pacte de Varsovie et de la "normalisation" qui s'ensuit. Elle participe au congrès international des intellectuels à la Havane en compagnie de Georges Fall, Max-Pol Fouchet, Louise et Michel Leiris, Marguerite Duras, Antonio Segui, Christiane Rochefort et bien sûr Edouard Pignon.
Mais ce n'est qu'en décembre 1980, un an après l'invasion de l'Afghanistan et alors qu'en Pologne est décrété l'état d'urgence, qu'elle décide avec Edouard Pignon de quitter le Parti communiste : "notre combat pour un socialisme dans la liberté est incompatible avec l'appartenance au parti. Les communistes qui, par leur silence ou électoralement, se croient malgré tout tenus de soutenir le parti de Georges Marchais, ne disposent même pas, comme au temps de Staline, du terrible alibi de l'ignorance".
Elle meurt dans la nuit du 5 février 1998, à son domicile parisien, à l'âge de quatre-vingt-deux ans.